10 jours de plus !

Pas assez de nouvelles reçues à ce jour pour concrétiser le recueil qui fêtera les 10 ans d’existence de ZONAIRES EDITIONS. Vous avez 10 jours de plus pour envoyer vos nouvelles.

Illustration Virginie Pfeifer
Photo de profil de zonaireseditions

zonaireseditions

Envie de fêter avec nous les 10 ans de Zonaires éditions ?
L’invitation à participer est prolongée de 10 jours, soit jusqu’au 10 décembre 2022.
En novembre les éditions Zonaires auront 10 ans.
Pour fêter cette décennie nous proposons d’ouvrir la porte de la maison à 10 auteurs n’ayant jamais été publiés et de concevoir avec eux un recueil de nouvelles.
10 ans – 10 auteurs – 10 nouvelles – 10 pages
Genre et thème libre.
Le principe est celui du concours mais sans classement. Il est ouvert tout le mois de novembre 2022 et sera limité aux 100 premiers textes reçus. Les nouvelles devront être libres de droits. Elles seront appréciées par 10 auteurs de la maison *. Chacun d’entre eux recevra au maximum 10 nouvelles et devra n’en retenir qu’une seule. Le recueil contiendra donc 10 nouvelles de 10 pages chacune avec une tolérance de plus ou moins 10 % (soit 18000 à 20000 caractères espaces compris).
La publication est envisagée au printemps 2023
Les contraintes : Envoi par mail uniquement à contact@zonaires.com
Format A5, interligne simple, marges 2cm tous côtés, police Garamond 12.
La nouvelle doit comporter un titre mais pas le nom de l’auteur (celui-ci figurera dans le mail d’envoi)
Date limite de réception des textes 30 novembre 2022 + 10 jours !
* Les 10 auteurs de la maison : Danielle AKAKPO – Valérie BRUN – Benoit CAMUS – Serge CAZENAVE – Alain EMERY – Désirée GIROD – Françoise GUÉRIN – Joël HAMM – Julie LEGRAND – Frédérique TRIGODET
Nous vous souhaitons bon vent et une agréable participation.
Zonaires éditions http://www.zonaires.com

Chemin de terre

Étourneaux

piaillantes ritournelles

La petite fille

regarde la  terre sous ses pieds

Mon oiseau est mort, dit-elle

Il est au ciel

L’oiseau se pose sur son épaule

Il est si léger

Elle regarde le ciel et s’envole

Une plume sur le chemin

Christian Bobin

Le 23 novembre dernier disparaissait ce poète généreux. Continuons à le lire et il vivra longtemps encore…

Quelques extraits :

Lire quand on est enfant, c’est quitter sa famille et devenir jeune mendiant, tendre la main aux princes de passage. C’est aller en Sibérie, avec loups et cris de neige, si loin que votre mère ne vous retrouvera plus, criant « à table » dans le désert, loin, très loin du petit contemplatif aux yeux brun-vert gelés comme un lac…
La lecture est un billet d’absence, une sortie du monde. (Un bruit de balançoire)

Je te revois préparer à manger pour les tiens. Ce travail infini pour lequel personne jamais ne vous remercie. Les mères par leurs soins élémentaires fleurissent les abîmes. Si il y a encore des lions, des étoiles et des saints c’est parce qu’une femme épuisée pose un plat sur la table à midi. Cette femme est la mère de tous les poètes. C’est en la regardant qu’ils apprennent à écrire . ( La grande vie )

Les gouttes de pluie sur la vitre ont un bombement argenté et une bordure laiteuse. La pluie s’arrête. Les gouttelettes ne partent pas tout de suite. Elles forment une voix lactée cloutée. Elles semblent figée comme parfois nos vies. Puis l’une se met en route. Il est difficile de ne pas penser qu’elle va vers sa mort. La jeune élue, poussée par le vent, s’éloigne de ses sœurs idolâtres, crispées dans une fausse immortalité. La petite vivante avec sa joie muette glisse en oblique vers l’abîme, dans l’angle de la vitre encadrée d’acier froid. Voilà. C’est fini. Vivre n’est rien d’autre que donner sa lumière, traverser la voie lactée des épreuves, disparaître – et continuer, car telle était la parole qui se matin se fracassait en dizaines de gouttes d’eau sur la vitre insensible d’un train entre Paris et Genève : aucune lumière ne se perd. Nous sommes des paillettes d’or détachées d’une statue vivante. Nous sommes des instants de son souffle, des pollens de sa voix, des petites gouttes de pluie qui prennent le train sans billet jusqu’à l’éternel qui est ceci, ici, maintenant. ( Un bruit de balançoire)

Nous sommes avec la parole comme la petite fille aux allumettes dans le conte d’Andersen: nous en faisons commerce. Nous proposons nos mots contre un peu d’or, un peu d’amour ou de silence. Mais les paroles qui dorment sur nos cœurs, personne ne vient les prendre.
On ne peut les échanger contre rien. Alors on les entasse sur le bûcher d’un livre. Alors on enflamme un livre après l’autre dans la nuit froide. On regarde les mots flamber une seconde puis s’éteindre, aussitôt recouverts de neige blanche.(Dis-moi quelque chose qui ne meurt pas)

Je n’écris pas avec de l’encre. J’écris avec ma légèreté. Je ne sais pas si je me fais bien entendre : l’encre, je l’achète. Mais la légèreté, il n’y a pas de magasin pour ça. Elle vient ou ne vient pas, c’est selon. Et quand elle ne vient pas, elle est quand même là.
Et si en même temps elle est rare, d’une rareté incroyable, c’est qu’il nous manque l’art de recevoir, simplement recevoir ce qui nous est partout donné.(La folle allure)

Dernier jour !

Crépuscule

Vous écrivez et vous n’avez jamais été publié ? Et si vous tentiez de faire un premier pas chez Zonaires éditions ?

En novembre les éditions Zonaires auront 10 ans.

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10 ans – 10 auteurs – 10 nouvelles – 10 pages

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Date limite de réception des textes 30 novembre 2022

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Plus que DEUX jours !

Aube

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PORTRAITS INATTENDUS Volume 2

Chez Zonaires Editions Sortie le 1er décembre 2022

COLLECTIF D’AUTEURS
Partez à la rencontre de 19 personnages qui ont marqué leur époque et inscrit leur empreinte dans la mémoire collective.

Découvrez les portraits inattendus de Robert Capa par Jordy Grosborne – Sabina Spielrein par Viviane Campomar – Bruce Lee par Benoit Camus – Abbé Pierre par Jacqueline Dewerdt-Ogil – Raymond Devos par Pierre-Louis Douheret – Zhang Zhixin par Guan Jian – Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt par Alain Emery – Marguerite Duras par Julie Legrand – Oum Kalthoum par Ludmila Safyane – Mireille Balin par Pierre Monier – Camille Claudel par Dominique Theurz – Juliette Dodu par Peggy-Loup Garbal – Meena Keshwar KamalL par Martine GALATI – Charlie Chaplin par Désirée Girod – Jules Vallès par Franck Garot – Angela Davis par Élodie Torrente – Nelson Mandela par Estelle Berger – Léo Ferré par Joël Hamm – Federico Garcia Lorca par Françoise Guérin

Quels souvenirs avons-nous gardés de ces destins dispersés dans la grande histoire de l’humanité ? Ceux qui nous sont rapportés par les livres, les journaux, les images ? ou bien par les représentations et affinités que nous leur avons associées ?
19 auteurs mettent leur mémoire imaginaire en mouvement pour nous porter au plus près de ces figures illustres, et nous offrir à leur manière des témoignages singuliers susceptibles de bouleverser nos perceptions du passé.

Portraits inattendus par un collectif d’auteurs, 206 pages, ISBN N° 979-10-94810-45-3 Parution prévue 1er décembre 2022 Prix de vente public 20,00 € + 6 € frais de port.

Fin du premier chapitre

de « La vie, au contraire! » (Roman en cours d’écriture)

Il jeta un bref coup d’œil à Angelika qui avait cessé de compulser son écran et observait la scène. La secrétaire eut une moue contrariée et se remit à taper sur son clavier.

      –  …dans un endroit tranquille.  Passez devant, je vous suis.

   Son ton impératif et sa mine sinistre renforcèrent le mauvais pressentiment dont Alice s’était persuadée en décryptant sa carte de visite. Elle marcha vers l’escalier en proie à un vague vertige et dû se cramponner à la rampe pour en vérifier la matérialité autant que pour s’en aider. Sadoul soufflait bruyamment derrière elle. Elle devinait son regard fixé sur le bas de son dos et grimpa plus vite pour s’en dégager.

   La salle de cours sentait le produit de nettoyage, les chaises étaient retournées sur les tables. Sadoul en remit une en place et d’un geste las l’invita à s’asseoir. Elle resta debout, prisonnière de son regard insistant qui perçait sous des paupières tombantes de bouledogue décati. Il laissa passer quelques trop longues secondes avant de parler.

   – Une terrible nouvelle, votre père…

   Il la fixait en serrant les mâchoires. Elle s’adossa au mur, vidée de sa substance. Sadoul fit un pas vers elle, le mur l’empêchait de reculer. Le ciel blanc qu’elle fixait au loin, derrière les fenêtres, insola la pièce.

   Vertige.

   Sadoul la retint par les épaules et la fit asseoir. Il laissa passer quelques secondes, inquiet de sa pâleur et de ses tremblements, ne sachant trop quoi faire et se mettant à débiter le discours qu’il avait préparé. Dérisoire pansement.

   – Je ne voulais pas vous prévenir par téléphone. Votre père était un ami très cher, vous le savez, et plus que ça… un compagnon d’armes. Sa disparition brutale…

   Elle émit un gémissement qui le pétrifia puis elle sembla se ressaisir et s’essuya les yeux d’un revers de manche.

   – Que lui est-il arrivé ?

   – Un malaise cardiaque, à la barre de son bateau. Il dérivait. Des pêcheurs l’on retrouvé inconscient. Malgré les secours qui sont venus très vite, on n’a pu le sauver. J’ai cherché à avoir plus de détails, au-delà de ce que les gendarmes de Clohars ont pu me dire. Ce n’est pas facile d’interroger les gens depuis la Russie…

   Elle refoula ses sanglots.

   – Pourquoi est-ce que c’est vous qu’on a averti ?

   – Personne ne m’a prévenu. C’est moi qui me suis inquiété de Vincent.

   –  Inquiété ?

   – Vous ne le savez sans doute pas mais nous avions l’habitude de commémorer un certain événement qui nous concerne, toujours à la même date, début octobre. Depuis quelques temps, nous étions éloignés l’un de l’autre mais on se passait au moins un coup de téléphone. Nous n’avons jamais dérogé à la règle sauf cette année. Je tombais toujours sur son répondeur. N’ayant d’autres coordonnées, j’ai fait appel à mes collègues de la gendarmerie. Ils en m’en ont d’ailleurs été reconnaissants car ils ne parvenaient pas à vous joindre.

   – Je ne comprends pas… C’est arrivé quand ?

   Sadoul se mordit les lèvres et soupira.

   – Il y a presqu’un mois ! Je dois vous dire aussi que votre père a été inhumé. Hors de votre présence…

   Elle lâcha un cri et Sadoul crut lire de la haine dans ses yeux.

   – Je suis aussi scandalisé que vous. Sachez que je regretterai toute ma vie de n’avoir pu accompagner Vincent jusqu’à sa dernière demeure.  

   Elle resta figée un long moment tandis que Sadoul restait face à elle, les bras ballants, l’air contrit. Il sortit une enveloppe brune de sa poche de manteau et lui tendit.

   – Mes collègues gendarmes m’ont fait parvenir leur rapport. Il ne contient rien de plus que ce que je vous ai dit. Vous trouverez aussi dans cette enveloppe une lettre de votre notaire qui cherche à vous joindre.

   Elle saisit l’enveloppe. Sa main tremblait en l’ouvrant. Elle en tira un feuillet. Sa vision se brouilla. Oppressée, elle ne parvenait pas à concentrer son regard. Sadoul était une masse indistincte, hostile. Elle fit un pas de côté pour échapper à son emprise et marcha mécaniquement jusqu’à la fenêtre, la poitrine haletante. Elle prit appui d’une main sur le radiateur brûlant et posa son front contre la vitre où dégoulinait la pluie.     Sadoul soliloquait à l’autre bout de la pièce. De sa voix, elle  ne percevait qu’un brouillard sonore martelé par les battements de son sang.

L’histoire se poursuit

Dehors, une pluie drue l’obligea à s’abriter sous l’auvent du restaurant. Elle arriva en retard à l’Alliance. Une habitude contre laquelle elle ne cherchait plus à lutter. Elle ôta ses bottes dans le sas de l’entrée, les décrotta et les rangea sur l’étagère à chaussures. La paire d’Angelika, l’assistante de direction, sans une trace de boue et brillante de graisse, dominait les autres bottines et bottillons de son opulent col de fourrure et de sa pointure 44. On aurait dit les bottes de sept lieux d’une ogresse obsessionnelle. Alice sortit une paire de ballerines de son sac, les enfila et se dirigea vers le bureau vitré où Angelika, énorme poisson lune confiné dans son bocal, luttait contre le sommeil, une main devant la bouche, les yeux rivés sur son écran d’ordinateur. C’était une personne d’humeur belliqueuse. Jalouse des filles sveltes, elle tentait vainement de corriger son apparence, taille et volume, en s’habillant élégamment et sur mesure. En entrant dans sa cage de verre, Alice eut envie de bâiller, par solidarité. Elle salua l’assistante qui sembla ne pas la voir, décrocha la clef de sa classe au tableau de service. Alors qu’elle allait sortir du bureau, Olga leva la tête et lui tendit une carte de visite qui paraissait minuscule dans sa poigne rougeaude aux doigts manucurés.

   – Monsieur Sadoul… Il revient dans un instant.

   Elle indiqua les toilettes d’un hochement de menton qui fit ondoyer les bourrelets de son cou.

   – Qu’est-ce qu’il veut ?

   – Sais pas !  

   Alice lut le numéro de téléphone inscrit sur la carte, additionna mentalement les chiffres entre eux. Une manie qu’elle avait depuis l’enfance. Le résultat de son calcul la troubla. Elle avait du mal à lutter contre sa superstition. Une tare héritée de sa grand-mère paternelle qui s’ajoutait à la crainte de l’autorité qu’elle lui avait inculquée quand elle était petite et qui la poussait parfois à des réactions impulsives pour y échapper. Au moment où elle quittait précipitamment le bureau, Sadoul arrivait, lui barrant le passage de son encombrante anatomie. Impossible de lui échapper. Elle l’avait déjà rencontré un an plus tôt lors d’une soirée en présence de l’ambassadeur. Sadoul l’avait abordée, sourire aux lèvres, des miettes de petit four sur sa cravate. Il s’était présenté comme un ami de son père. Un copain de régiment, avait-il précisé en riant. Elle s’en était étonnée, se demandant ce qu’avait à faire son père avec un officier de gendarmerie au service de la sécurité intérieure à l’ambassade de France de Moscou.  Tout la dégoûtait en lui, sa corpulence flasque d’ancien sportif, ses joues couperosées et surtout sa main poisseuse qui emprisonnait la sienne pendant qu’il la jaugeait. Elle avait été incommodée par son haleine viciée. Quand elle reculait d’un pas, il avançait d’autant. Il lui avait posé des questions qu’elle avait trouvées indiscrètes alors qu’elle ne songeait qu’à rejoindre ses collègues en grande discussion, une coupe à la main et la mine réjouie. Un officiel russe était venu saluer Sadoul et elle en avait profité pour s’éclipser, préférant renoncer au buffet mirifique et au véritable champagne.

   Qu’il ait parcouru quatre cent kilomètres pour la rencontrer personnellement la terrorisait. Sadoul lui lâcha la main.

   – J’ai besoin de vous parler…

Suite du premier chapitre

Extrait de « La vie, au contraire! » (Roman en cours d’écriture)

Elle lui rendit son sourire et son bonjour en s’étonnant qu’il se souvienne de son prénom. Elle désigna le fond de la salle et s’y dirigea, devinant que Slava la suivait des yeux, un peu frustré de n’avoir pu engager la conversation. Elle choisit une table coincée dans un angle sous l’éclairage parcimonieux d’une applique en laiton terni. L’odeur de café mêlée à des relents de tabac froid imprégnait l’atmosphère. Elle était pour l’instant l’unique cliente. Slava appela Olga qui s’agitait dans la cuisine attenante au bar. Olga vint à sa table, un peu débraillée comme à son habitude, et nota sa commande en soufflant sur la mèche qui lui tombait devant les yeux. Alice commençait à lire le bouquin qui ne la quittait jamais quand la serveuse revint lui apporter son plat. Elle remarqua qu’Olga avait fixé sa mèche avec une barrette décorée de fleurs mauves. Une barrette de petite fille qui la fit sourire.   

Après avoir chipoté une chouba saturée de mayonnaise, elle grignota un strudel en buvant un café turc à la cardamome qui acheva de l’écœurer. Le restaurant était maintenant complet et un couple attendait près du comptoir qu’une table se libère. L’homme regardait dans sa direction et montrait des signes d’impatience. Elle se leva pour aller régler l’addition. Slava lui proposa un verre d’alcool de prune qu’elle refusa malgré son insistance. Il lui demanda ce qu’elle avait pensé de la soirée de la veille et de son ami Lev Rubinstein, le poète, qui était venu animer une soirée créative. Elle était flattée qu’il l’ait reconnue et remarquée parmi l’assemblée hétéroclite de son bistrot. Depuis qu’une collègue l’avait initiée à l’endroit, elle y venait parfois le soir y siroter une pinte d’Okskoye ou un verre de champagne russe, au coude à coude avec des intellos de son âge assis sur des chaises dépareillées. La musique techno y alternait sans complexe avec un concerto de Rachmaninov ou de Prokofiev sauf si Slava avait invité un chanteur ou un slameur comme Alexander Vavilo. Le chat de la maison, un noir et blanc obèse, faisait le tour des tables pour quémander quelques caresses ou des morceaux de gras. On s’en méfiait ; une fois gavé, il lui arrivait de vomir sur vos chaussures.   

Comme Slava se félicitait que son antre plaise à une si jolie française, elle lui assura en retour qu’elle adorait son restaurant et qu’elle aimerait bien qu’un tel lieu existe à Paris. Le visage du bistrotier s’éclaira et il se sentit autorisé à  lancer son opération drague en s’extasiant sur la coiffure nattée d’Alice. Vraiment, selon lui, elle avait l’air d’une russe authentique, pas comme les filles actuelles, des ersatz d’américaines, quasiment des sociales traîtres… Olga le bouscula en passant avec son plateau chargé et lui lança un regard moqueur tout en faisant un signe de connivence à Alice. Tout ça dans le même mouvement. Slava suivit des yeux la démarche ostensiblement aguichante d’Olga avant de revenir à son propos. Ça lui faisait plaisir de voir Alisa de bonne humeur. Il était rassuré, disait-il, car il lui avait trouvé, la veille, un air sombre alors que ses compagnons de table s’amusaient. Elle ne le contredit pas tout en se souvenant s’être sentie parfaitement détendue lors de cette soirée. Il l’aida à enfiler son caban et l’accompagna jusqu’à la porte, très prévenant, une main à peine posée sur son épaule.

intérieur du Buffet café à Nijni Novgorod

Buffet Café

Premier page du premier chapitre d’un roman en cours d’écriture : « la vie, au contraire ! »

Le « Buffet Café » à Nijni Novgorod
L’intérieur du « Buffet café »

1

   Onze heures du matin et elle n’était pas encore prête. La voix de la météo prophétisait un soleil éclatant et vingt-quatre degrés dans la journée. L’été indien. Le carré de ciel fangeux découpé par la fenêtre la ramena à la réalité. Pas de doute, elle ne se trouvait pas à Paris mais bien à Nijni Novgorod. Elle éteignit son ordinateur portable branché sur France Info. Habituellement, elle écoutait une radio russe mais, depuis quelques temps, ce pays et son climat l’excédaient.

   Après un mois quasiment estival invitant à des balades sur les bords de la Volga, le temps s’était mis à flancher. L’automne s’affirmait, humide, venteux, glacial. Quelque part, l’hiver russe fourbissait ses armes contre d’hypothétiques envahisseurs. Elle s’habilla : collants sous le pantalon, pull épais, caban breton, bottes montantes, gants.

   Le bâtiment de l’Alliance Française où elle donnait des cours se trouvait à moins d’un kilomètre de chez elle. De la rue Zvezdinka à la rue Ocharskaya c’était un vrai défit de marcher entre les flaques et la boue glissante, pégueuse et profonde. Ce serait le dernier hiver qu’elle passerait en Russie. Une promesse qu’elle s’était déjà faite l’année précédente.

   Chaque jeudi, elle partait un peu plus tôt de son appartement pour déjeuner à deux pas de l’Alliance, au Buffet, un café restau à la décoration incertaine. Une véritable brocante : meubles campagnards rafistolés, guirlandes de fils électriques en attente d’électrocutés, matériel audio datant de l’ère soviétique. Elle se demandait à quoi servaient les tubulures métalliques qui sillonnaient le plafond. Le délabrement des murs était caché par des tableaux modernes inspirés du cubisme qui rivalisaient avec une collection de photographies sentimentales des années 1930 et des tapisseries naïves à franges dorées. Sur sa préférée, une famille d’ours batifolait dans une forêt digne des studios Disney.  

   Elle franchit la porte rose du Buffet et descendit les quelques marches qui menaient à la salle en sous-sol. Slava, le patron, était en train de bidouiller un monumental magnétophone à bande datant du moyen-âge. Son crâne de vieil ivoire poli luisait sous la lumière jaune du bar. Elle aimait bien son physique de vieux cosaque, ses pommettes hautes et ses moustaches encaustiquées. Une image folklorique rassurante. Slava releva la tête et l’accueillit d’un rocailleux Dobrii dien, Alisa !

Ferrailles

Dessin aux crayons de couleurs (J. H)

Animaux dépareillés et noirs. Les nuits aux autres nuits pareilles charrient les songes qui les rongent.

   Coups de boutoir, accrocs dans le vif.

   Couteau en plein cœur.

   Depuis son lit, il écoute les stridences vrillées sur le boulevard. Une ombre se faufile par la porte ouverte sur le couloir.

   Il se cache sous les couvertures et retient sa respiration. La chimère arpente l’obscurité puis disparaît à travers le mur.

   Trempé de sueur, il se découvre.

   Au dessus de lui, la poutre a ouvert son œil et le guette. Il reste allongé sur le dos, fasciné par cette prunelle qui darde son rayon éblouissant. Il a beau fermer les yeux, la clarté qui jaillit du plafond transperce ses paupières.

   Ferrailles racailles.

   Vols courbes des oiseaux déchirés en vol.

   Il tombe avec eux sur le sol calciné, se dépêtre des plumes sanglantes et rampe vers une rivière opaque qui charrie des cadavres dépecés s’accrochant de ci de là à des moignons d’arbres. Une pluie acide ronge sa peau.

   Il se relève et avance. Il est le goudron des routes, la boue des chemins. De lourds camions roulent sur lui et emportent des lambeaux de sa chair moulés dans les dentures de leurs pneus. Il est la machine fumante.

   Reflets du pare-brise, moteur de la fuite, il décapite les ténèbres au laser de ses phares. Il virage, défonce, rugit rouge sang, transcoupe à travers champs, ravage des villages, écroule des maisons et s’arrête enfin sur une place bordée de ruines.

   Une fontaine crache des jets de glace. Il lèche longuement les lames de cristal.

   Sa langue saigne.

   Ses forces l’abandonnent.

   Il s’allonge sur des pavés doux comme la mousse des forêts. Les anges, perchés sur les toits violets, l’observent et l’endorment d’un battement d’ailes.

  La lumière d’été cisaille son sommeil et le surprend hébété sur la margelle d’un puits. Il plonge au centre du cercle noir.

   La fenêtre de la chambre est ouverte et le rideau, agité par la brise du matin, ombre par moment le lit abandonné.

VAGUE

La digue du port de Doëlan

LIQUIDE

   Devant la mer, amant amer, je guette la vague comme on attend le dernier bus.

   Les marées d’octobre charrient des pelotes de goémons au fond des ports de brume, des étroites rias. Algues vives indifférentes aux vagues, au chant des sirènes.

   Dans l’eau du port, mille poissons poussés par les courants frôlent de leur transparence les coques des chalutiers avant de jaillir, poignards au bec des mouettes qui surveillent et volent, survolent et veillent.

   Inconscientes d’éveiller le battement de mes ailes rêvées, elles m’emportent, ouies claquées, corps volé, envolé.

   Près du phare, la lame opale déferle et noie la jetée.

   La vie liquide.

   Tout !

COURANTS

Presqu’île de Crozon, 6 octobre 2013 à 20h10

   La nuit, rivière aux étoiles, allaite la mer silencieuse et nourrit de bleu le reflet des courants.

   Accoudé au bastingage, indifférent aux astres, au chant des baleines, je vois dans tes iris, à la lueur d’un fanal, scintiller des poissons de phosphore.

   Le temps emplit ses sabliers des cendres de nos rêves. Des souvenirs dressent entre toi et moi d’invisibles murailles, d’infranchissables murs d’air. Le désir tend ses câbles dans mon dos.

   J’espère la radiation ultime qui dissoudra l’acier des parois, le cristal du silence.

   La mer s’offre à la proue du bateau et l’étrave lourde propage une onde grise. D’une chiquenaude, le noroît déquille les transparentes épontilles où j’étais arrimé.

   Déferlantes.

   Le navire dévasté sombre. J’ai, en sautant dans le flot vert, un voile aux yeux, à l’âme une amertume. La chute est ma demeure. Chaque inspiration colle à mes narines des flocons d’écume.

   Saoulé du sel des houles, roulé par les vagues, je suis laminé par les roches, blessé par les chaluts racleur de fonds.

   Mon âme, brodée d’algues, erre sur l’estran. Mon corps flotte, lavé par les lames, la peau percée d’éclats nacrés.

SOLITUDE

Vers Crozon, 5 octobre 2013 à 19h31

EXTRAIT d’un roman en cours d’écriture

À l’horizon, l’océan fermentait sous la quille des navires silhouettes, îles de métal posées sur les brisants. S’asseoir sur un rocher, ne plus bouger. Attendre. Profiter seulement de la douceur de ce mois d’octobre, de l’odeur du varech et des lubies du climat.

Bâillonner le langage intérieur qui babille en permanence. Ne plus penser. Étouffer ce bruit de fond parasite qui pervertit toute spontanéité et renforce le sentiment de solitude. Atteindre un état végétatif, le temps de générer une nouvelle vie, sans mémoire. Sourde au grouillement de l’âme.

  Son regard était concentré sur la ligne de vagues qui frappait les roches. Bercée par le rythme de la marée, elle essayait de laisser filer ses pensées sans les retenir, souvenirs, questions obsédantes…

   Incapable d’endiguer ce flot intime, elle luttait pour ne pas s’y noyer, pour n’être que sensation hors de toute conscience, comme les nuages indifférents qui couraient au loin. Elle fut un court instant la mouette frôlant la crête des vagues ébouriffées par le vent, portée par les courants ascendants, ombre violette sur le gris vert de la lande. Elle survola à haute altitude un chalutier qui revenait au port, ses hélices tissaient des dentelles blanches et vertes à son arrière.

   Vertige.

   Revenant brutalement à la réalité et prise de panique,  elle battit des ailes si vite que son cœur explosa en plein vol.