Cheval volant

1er chapitre d’une nouvelle publiée dans mon recueil  » PASTEL NOIR » chez ZONAIRES

La suite demain

montage J.H

1 – Scotie

   Taine caracole sur le dos de Scotie, l’anglo-arabe le plus fringant de l’élevage familial, un cheval que son père lui a formellement interdit de monter ou même d’approcher.

   Quand Scotie saute un obstacle, Taine se retrouve le front plaqué à son encolure, les doigts crispés sur les rênes. Le grondement sourd des sabots couvre tous les bruissements de la campagne. Du coin de l’œil, il saisit au vol le miroitement d’un ruisseau, le filage roux des châtaigniers. Il encourage Scotie, la bouche contre son oreille.

   Tout s’accélère.

   À l’approche d’une haie, le cheval s’envole. Le sol s’éloigne. Scotie monte droit vers le bleu. Taine le mène toujours plus haut. L’air de l’altitude siffle à ses oreilles et un panache de vapeur s’échappe des naseaux du cheval volant.

   Plénitude.

   Ils survolent la propriété des parents de Taine, enclave de prairies entre la forêt sombre et la gorge de la rivière. En bas, les chevaux de la ferme sont à peine visibles sur le tapis d’herbe.

   Soudain, Taine sent les flancs de sa monture glisser entre ses jambes tandis qu’il reste suspendu en apesanteur sous les nuages. Scotie n’est plus qu’une figurine de plastique brun qui tombe en tournoyant sur elle-même et va s’écraser sur les rochers qui dominent la rivière. Taine est aspiré par la gerbe rouge.

   Réveil en sursaut.

   Putain de cauchemar !

  Il faut te faire soigner, Taine, tu ne peux pas continuer comme ça. Tes mauvais rêves te tueront…

   Taine est allongé sur le dos. Il rumine ses pensées, le regard fixé sur la lucarne grillagée. Il ne fait pas encore jour. Les lumières de la cour et les projecteurs du mur d’enceinte donnent à la bruine une trame de soie sauvage. Le fenestron est ouvert. Taine écoute le bruit de fond produit par la ville. Certains jours, il croit entendre les clameurs de l’hippodrome et humer l’odeur du crottin alors que le champ de course se trouve en bord de mer, de l’autre côté de la colline où s’élève la prison. Miel du foin nouveau, suint des chevaux. Renaissent alors des images du passé qu’il pensait définitivement effacées : la ferme de ses parents, les chevaux paissant dans les prés, le poulain qu’il aurait voulu que son père lui offre pour ses douze ans. Scotie…

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