Daniel Puget

Profession photographe, personnage du roman « Le éveil du crabe lune »

La moto de Daniel Puget

EXTRAIT:

La fenêtre de la chambre était ouverte. À travers les voies des persiennes, le soleil matinal projetait sur le mur des obliques lumineuses.

    Daniel Puget était nu sur le drap défait. Les piaillements des oiseaux perchés dans les paulownias le réveillèrent. Il était sept heures au radioréveil. Il avait à peine réussi à grappiller deux heures de sommeil dans la nuit, et pas seulement à cause de la chaleur étouffante. Près de lui, Sandrine, sa femme, dormait allongée sur le dos, la bouche légèrement ouverte, un bras replié sous la tête et ses cheveux blonds épars sur l’oreiller. Puget, appuyé sur un coude, lui posa une main sur le ventre. Elle sursauta, lui saisit brutalement la main et la rejeta en se retournant vivement vers le mur, recroquevillée en chien de fusil. Puget se rapprocha. Elle eut une brusque détente des jambes et il prit le coup de pied dans le tibia. Il s’écarta et, assis sur le bord du lit, contempla la chambre. Chichiteuse. Comme Sandrine, comme l’appartement tout entier. Une bonbonnière ridicule.

    Puget ne revenait chez lui que par nécessité, toujours accueilli par des phrases mordantes. Sa femme le méprisait. Comme s’il pouvait à volonté grandir de dix centimètres, doubler son salaire en restant honnête, abolir le rouge carotte de ses cheveux, être quelqu’un d’autre.

    Il songea à la soirée de la veille, au mot de Sandrine posé sur la table de la cuisine. Une fête entre filles, elle rentrerait tard… Cela arrivait de plus en plus souvent. Il avait mangé une boîte de sardines et descendu trois ou quatre bières en matant une ineptie à la télé. Ensuite il avait ruminé ses pensées, incapable de s’endormir. Le temps défilait sur l’écran du radioréveil. À une heure du matin, il était debout, posté sur le balcon. Des phares apparaissaient à l’entrée de la rue, disparaissaient au carrefour. Il était retourné se coucher, l’oreille aux aguets, attentif au moindre ronflement de moteur qui s’annonçait, suivant mentalement l’itinéraire des voitures. Son angoisse montait au fil des heures, prenant le pas sur le sentiment de jalousie qui l’agitait. Enfin, il avait reconnu le bruit familier de la voiture de Sandrine qui se garait sur le parking, en bas de l’immeuble. Il avait épié ensuite le bruit de l’ascenseur qu’il percevait très bien à cette heure de la nuit ou plutôt du matin. Et sa colère avait soudain pris le dessus.

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