Rature

le début d’une nouvelle du recueil « Pastel noir » (un terroriste de la « belle » langue)

Banlieue nord. Six heures du matin. La nuit s’estompe.

   Un homme promène son chien sur les pelouses de la médiathèque. À six heures trois, il surprend un énergumène occupé à taguer les murs. Son chien aboie et menace le tagueur. À six heures quatre, l’homme gît sur le trottoir, exécuté de deux balles en plein front. Le chien lèche le sang de son maître.

   Deux heures plus tard, Abel Fournier, journaliste à L’Echo des Rues, bien connu des services de police pour sa fréquentation assidue des scènes de crime, franchit la bande plastique qui balise la place. Il interpelle le commandant Grimal qui ne l’a pas entendu arriver, occupé qu’il est à se frotter furieusement les oreilles.

   – Commandant Grimal ! 

   Le commandant se retourne d’un bloc.

   – Ah, Fournier, manquait plus que vous ! La ville est à feu et à sang et nous voilà avec un cadavre sur les bras.

   – Neuf panneaux publicitaires cramés cette nuit à Paris, un en banlieue. Pas de victimes… Quel rapport avec ce qui est arrivé ici ?

   – Lisez donc les inscriptions, là, sur la façade de la médiathèque. Identiques à celles relevées sur les lieux d’incendie dans la capitale. Aarrrr ! Foutue démangeaison !

   – Ça ne va pas mieux votre allergie ?

   – On dirait que j’ai un nid d’aoûtas dans les esgourdes… J’entends plus rien.

   – Dites commandant, j’ai pensé à vous. Ma grand-mère a eu le même genre de problème. Aucun remède n’y faisait. En désespoir de cause elle a bricolé cette pommade qui lui a bien réussi. Voici un pot qui lui restait.

   – Graisse de canard de Saint-Sever… Vous trouvez ça drôle, Fournier ! 

   – Ne vous fâchez pas. Mémé y ajoute toutes sortes d’herbes. C’est magique. Essayez ! Que risquez-vous ?

   – Guérissez-vous… Facile à dire ! Qui vous a prévenu d’abord.

– Pour la gratouille ?

   – Quelle patrouille ? Je vous demande comment il se fait que vous soyez déjà là ?

   Fournier hausse le ton.

   –  Secret professionnel ! Dites, est-ce que votre labo a une idée concernant l’affaire de cette nuit ?

   – Cessez de bramer, je ne suis pas sourd ! Qu’ont-ils à nous apprendre, les zigotos  de la PTS ? Que les débris de verre ramassés proviennent de bouteilles transformées en bons vieux cocktails Molotov ? Du temps et de l’argent perdus, Fournier. De toute manière, je ne vous dirai rien. Vous n’êtes qu’un gratte-papier. Utilisez vos méninges, bon sang ! Étudiez ce qu’affichaient ces panneaux publicitaires. Le sens du message, toujours chercher le sens ! Quel titre, votre canard, ce matin ?

   – PARIS BRULE-T-IL ?  Mon rédac chef est un poète !

   Quelque part dans la ville, un homme compose un court texte à l’aide de caractères en plomb corps 24, un matériel pédagogique réformé. Il sourit benoîtement en calant le composteur sur le chariot. Dix panneaux publicitaires brûlés en une seule nuit ! Et il y a eu aussi cet importun surgi avec son chien au mauvais moment devant la médiathèque. Il parlait mal. D’un vulgaire. Un de moins ! Encrage, tour de manivelle. Son chef d’œuvre apparaît, un slogan imprimé sur fond rose fuchsia : Français PUR, PUR Français 

Suite dans « Pastel noir »

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