Faucheur d’ombre

Le début d’une nouvelle du recueil « Pastel noir »

Dessin à la plume (Joël Hamm)

Point de côté.

   Poignard sous les côtes.

   Essoufflé, Marco Pasini cesse de courir. Il n’est pas sûr d’avoir semé ses poursuivants.

   Il se retourne.

   Personne dans la rue. Le quartier est calme.

   Canicule.

   Des gouttes de sueur coulent de son front et se vaporisent dès qu’elles touchent le trottoir chauffé à blanc. De ses doigts écartés, Marco remet en ordre ses cheveux avant de pousser la porte de la Médiathèque.

   Il hésite un instant, se dirige vers les toilettes du sous-sol.

   Espace climatisé.

   Sa chemise trempée est un suaire glacé. Il se passe de l’eau froide sur le visage, scrute son reflet dans le miroir.

   Pourquoi fuir ?

   Il boxe le mur.

   Douleur à la main.

   Des pas dans l’escalier.

   Il se précipite dans l’un des trois WC, tourne le loquet avec précaution. Attend.

   Fait comme un rat.

   L’eau d’un lavabo coule. Assis sur la cuvette, cœur battant, Marco entend un homme tousser.

   Soufflerie du séchoir électrique.

   L’homme remonte l’escalier.

   Cinq ans auparavant, Marco Pasini quittait la région parisienne pour habiter cette ville de province étouffante. Ils ont fini par le retrouver.

   Le téléphone avait sonné un peu après midi, alors qu’il dormait harassé par une nuit à décharger des camions frigorifiques. Légèrement comateux, il avait attendu qu’une voix se manifeste mais n’avait perçu qu’une respiration au bout du fil. Il avait raccroché et s’était souvenu d’appels semblables les jours précédents. Sur le moment, il n’y avait pas prêté attention.

   Il était sorti pour prendre un café au bar, en face de chez lui, et son rythme cardiaque s’était accéléré à la vue du journal ouvert qui traînait sur le comptoir.  Sur la photographie qui occupait un quart de page, entouré de sa cour, plastronnait celui pour qui, dans sa jeunesse, il aurait sacrifié sa vie. L’homme qui l’avait brisée comme si c’était celle d’un rat surpris dans son plateau de fromage : Maurice Fontana, le maire de Charnis, une ville de la banlieue parisienne. La photographie le montrait inaugurant le nouveau Centre Culturel. L’article rappelait le passé scandaleux de Fontana et son irrésistible ascension vers la lumière et la probité. Visage fripé, cheveu rare mais l’œil toujours vif, Fontana fixait l’objectif  et semblait s’adresser à Marco. Tu vois, je t’ai retrouvé…

La suite dans le recueil « Pastel noir »

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