Miroir, mon amour

Le début d’une nouvelle extraite de recueil « Pastel noir »

Un miroir brisé. Une malédiction qui tarde à venir. Il suffit d’être patient...


Auto portrait – Léon Spilliaert

Posté à la fenêtre de sa chambre, Ugo capture le soleil avec son petit miroir. Il promène la tache de lumière sur la pelouse et vise un chat qui passe. Les convulsions du rectangle lumineux agacent le chat qui bondit après lui. Le jeu dure quelques secondes puis, désappointé par l’immatérialité et la vivacité du reflet, l’animal abandonne la partie et disparaît sous un bosquet.

   Déçu par le manque de persévérance du chat, Ugo dirige son miroir vers la façade de l’immeuble voisin. La parcelle de soleil explore quelques fenêtres sombres, révèle la couleur d’un papier peint, éclaire les perles de verre d’un lustre avant de se poser sur le visage d’un homme accoudé à son balcon, tout en haut du bâtiment. L’homme, ébloui, fait un geste de menace. L’enfant recule vivement et lâche le miroir qui se brise sur le sol. Il entend des pas. La porte de sa chambre s’ouvre brutalement.  

   – Sept ans de malheur !  grogne sa mère, furieuse.

   Accroupi sur le carrelage, Ugo lève vers elle un regard dépité. Il tient les restes du miroir entre deux doigts. Une bête morte. C’est un petit miroir d’appoint encadré de plastique bleu et muni d’une petite patte à l’arrière. Son père s’en sert pour se couper les poils du nez.

   Il tend le cadavre à sa mère. Les deux morceaux de verre encore sertis dans le cadre tombent et font des trous de lumière dans le carrelage. Il ramasse un éclat plus grand que les autres, y voit au passage le reflet de ses yeux et des larmes rouler sur sa joue.

   Vive douleur.

   Une écharde de verre s’est piquée dans son pouce. 

   – Tu vois. Ta punition commence, dit sa mère. Tu n’en feras jamais d’autres ! Ne touche plus à rien et ne va pas mettre du sang partout ! 

   Devenu adulte, Ugo se souvient avec effroi des taches de sang vermeilles sur le blanc étincelant de l’émail du lavabo. Il associe cette image à celle de son œil morcelé par l’éclat de miroir brisé et aux paroles proférées par sa mère.

A suivre dans le recueil…

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