ALIZES

Deuxième nouvelle extraite du recueil « Pastel noir« 

Tempête

Jeudi 21 septembre 2017

   J’entre au lever du soleil dans la baie de Lampaul. Le ciel clair est parsemé de petits nuages floconneux auréolés de lumière. Une légère brise égaye la mer.

   Je jette l’ancre.

   Autour de moi les équipages s’activent et, l’un après l’autre, les bateaux de plaisance quittent le mouillage.

   Je dors une partie de la journée et le soir je me rends à Lampaul.

   Dix-huit heures.

   L’homme que je dois retrouver n’est pas au rendez-vous à l’hôtel du Fromveur. J’écluse deux pastis. Au moment de payer, je m’aperçois que je n’ai pas mon portefeuille. Je n’ai qu’un peu de monnaie au fond de la poche, juste de quoi régler mes consommations. Je me revois sur la plage de Custren. J’ai dû y perdre mes papiers et mon argent. L’homme n’est pas venu. Je rentre au bateau.

   Vendredi 22 septembre 2017

   Je bricole un panneau « À Vendre » et j’expose sur le quai le matériel de sécurité du cotre.

   Pas d’amateur.

   Je suis obligé de faire la manche devant l’église. Les passants me regardent comme une bête curieuse. Il ne faut pas que je m’attarde sur l’île. Au Fromveur, personne n’a vu mon acheteur. Personne ne le connaît.

   Amertume.

   Où aller maintenant ?

   Encore une nuit agitée.

   Cauchemar… Toujours le même !

   Je suis bien éveillé maintenant.

   Je me souviens.

   Je me retrouve au milieu de l’Atlantique, comme il y a cinq ans.

   C’est le flot d’eau glacée qui m’avait réveillé ou plutôt dessoûlé. La cabine était sens dessus dessous. Je m’en étais extrait en butant sur les objets renversés.

   Personne sur le pont.

   Erwan avait disparu.

   Je m’en voulais de l’avoir abandonné, seul à la barre, inexpérimenté. Il avait dû basculer à la mer quand la déferlante avait couché le voilier.

   J’ai sillonné la zone pendant des heures. En vain.

   Plus tard, j’ai découvert que la trappe d’accès du réservoir d’eau s’était ouverte. Plus une goutte d’eau douce. J’étais pressé de rejoindre le premier port venu mais le vent a faibli.

   Mer d’huile, pétole.

   Le moteur est tombé en panne.

   Radio noyée.

   Impossible d’appeler les secours.

   Plusieurs jours se sont écoulés. Le bateau n’avançait pas et je mourais de soif quand l’Alizé s’était décidé enfin à souffler.

   Je ne me suis pas remis de cette aventure. Depuis la disparition d’Erwan, plus rien n’a de goût.

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