Treize à table

le début d’une nouvelle extraite du recueil « Ivresse de la chute. »

Tous en cène !

Faites-moi rire !

La beauté du monde me réjouit mais les turpitudes humaines m’affligent.Je ne souris jamais sur les photos. Faites-moi rire, bande de jobards, et j’irai mieux ! Vous essayez ? Première nouvelle ! Papa non plus, vous ne l’amusez pas. Je vous parle de mon père qui est au ciel, pas de Jo, le mari de ma mère qui me filait des torgnoles à tout bout de champ. Et pas seulement… Mon vrai père est un être merveilleux, lui. Quand sa voix tonitrue, le ciel s’ouvre, une colombe descend vers moi et, aussitôt, je me sens apaisé.

Parfois, je m’étonne de mon pouvoir. Il suffit que je regarde un chien pour qu’il me suive. Comme si j’étais en odeur de sainteté, comme si j’émettais un parfum naturel terriblement attractif. Oh, ça n’a pas que des avantages. Les louanges s’accompagnent nécessairement de jalousie et de méchanceté. Attention, si on m’agresse, je me défends. Je ne suis pas de bois. Et je déteste les faux semblants. Un jour, à l’abbaye Saint-Victor, j’ai frappé les marchands de bondieuseries en toc avec le fouet de corde que j’avais tressé. J’ai vidé leurs tiroirs-caisses, j’ai rançonné les touristes, fracassé les cierges à vendre et embarqué les bibelots pour les refiler aux mendiants.

La mansuétude à des limites. J’en sais quelque chose. Quand Jo me cognait et que je le narguais en lui tendant l’autre joue, il m’allongeait un bourre-pif qui me laissait KO. Mais passons, je ne lui en veux plus, c’est à peine si je me souviens de lui et de mon enfance.

    Ah si, tout de même ! Je repense à ma première fugue. C’était à Pâques. J’avais douze ans. Maman et Jo m’ont cherché pendant trois jours. Ils m’ont retrouvé assis sous le porche de la cathédrale en compagnie d’une bande de SDF. Des gars sympas qui m’avaient raconté qu’ils étaient des docteurs attendant l’ouverture d’un congrès. Ils parlaient sexologie en se repassant un kil de rouge et je leur posais pas mal de questions même si j’en savais autant qu’eux. C’est que j’avais eu tout loisir d’observer les prouesses de Jo et de ma mère, vu qu’on vivait dans la même pièce. Maman, qui s’était approchée sans bruit pour écouter mon déballage, en est tombée raide. Bleue comme sa robe. 

    — Gamin, tu me feras mourir ! elle a dit, en sortant de sa brume. Jo et moi, on a eu une de ces peurs !

    — Pourquoi me cherchez-vous ? j’ai demandé. Vous ne saviez pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ?

Ils se sont regardés et, le lendemain, ils m’ont traîné chez un psy. Echec des soins ! Je passais mes journées à me masturber. J’avais tellement peur de finir en enfer que je me suis tailladé le bras jusqu’à l’os. Maman a arrêté mon geste au moment où j’allais m’éborgner avec mon couteau. Tout ça parce que j’avais lu en cachette les revues pornos de Jo. Les phrases me sont venues sans que je sache comment :

    — Si ton œil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi : car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne soit pas jeté dans la géhenne…

Ma mère m’a fixé un moment sans pouvoir articuler un mot puis elle s’est mise à pleurer.

Maintenant que je suis adulte, je supporte mieux les regards appuyés qu’on me porte mais, le plus souvent, c’est moi qui baisse les yeux. Parfois je me retourne brusquement et je surprends un inconnu qui me suit à touche-touche à la caisse du supermarché. Je hurle : Que veux-tu de moi ?  Pourquoi cherches-tu à me tuer ? Je deviens parano. Mais pour qui me prennent-ils, à me coller comme ça ? Pour le messie ? Ils sont tous à mes basques, les boiteux, les épileptiques, les aveugles… Ce n’est pas parce que j’ai hérité du don de magnétisme de mon Père (le vrai), que je dois passer mon temps à guérir leurs bobos gratuitement. Donnez-leur votre petit doigt et ils vous dévorent le corps entier.

L’an dernier, j’ai craqué. Je me suis tiré une quarantaine de jours sur le Causse. Un vrai désert ! J’ai failli mourir de faim et de soif mais j’ai résisté à la voix qui me disait de transformer les pierres en pain. Pas fou, le gars ! J’ai bien fait, parce qu’un jour, j’ai vu venir vers moi des gamins avec des fruits et de l’eau. De vrais anges. Je suis certain que c’est mon Père qui me les a envoyés depuis le ciel. Dire que maman l’a quitté pour Jo, ce minable qui buvait sa paye de tâcheron du bâtiment, qui me frappait et qui nous a laissés sur la paille. Dis, maman, pourquoi a-t-on fuit dans un pays où personne ne nous attendait ? Il t’a raconté des charres, Jo. Tu parles qu’ils tuaient les petits garçons, les soldats du roi ! Jo, ses visions, il les trouvait dans son chichon. Cesse de pleurer quand je te parle, maman ! Je ne veux plus entendre tes paroles souillées de larmes. Je ne veux plus être bon, gentil, attentionné. Je ne veux plus être le blond le plus séduisant des bords de la méditerranée. Et vous, tout autour, dont je sens l’haleine fétide, reculez ! Même si je comprends que vous ne pouvez faire autrement que m’adorer, ça suffit ! Foutez-moi la paix ! De toute façon, voici venir l’heure où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul.

Mais j’entends une voix… Alléluia ! C’est mon Père. Oh, Papa, ton œil est au fond de ma coupe de vin. Je bois. Tu es en moi ! Merci, avec Toi je reprends confiance.

Vous pouvez revenir mes amis, maintenant que je vais mieux ! Allez les potes, ne me laissez pas diriger seul cet empire du désordre ! Resserrons les rangs ! Que celui qui a de l’argent le prenne et que celui qui n’a rien vende son manteau pour acheter un couteau. Détroussons les riches qui réalisent leur paradis sur terre au détriment des pauvres dont ils font de la vie un enfer ! Je vous le dis, il faut que s’accomplisse en moi ce qui est écrit : Il a été compté parmi les scélérats.

Venez ! Tous ensemble, tous ensemble ! Levez bien haut vos bannières, vos haillons, votre misère ! Avec moi, les agneaux, les sans terre ! Voyez ma splendeur nouvelle. Papa est au dessus de nous, qui plane dans son beau costume brodé de lumière. Admirez-le ! Oh ! Papa, Papa, comme tu es grand, comme tu as de grandes oreilles, comme tu as de grandes mains ! Ta force m’envahit. En avant, vous autres, en avant vers notre domaine de joie !

La complainte de Marie Anna

le début d’une nouvelle extraite de « Ivresse de la chute »

Une manière particulière de prendre le train de l’histoire en marche. Et un petit tour en Bretagne !

Marie Anna en personne

Callac, dimanche 28 juin 1914

    Qui se souvient de ce jour ? Qui se souvient de toi, Mari-Anna, toi la marchande de complaintes à l’allure de matrone ? À soixante-neuf ans passés, princesse massive au visage parcheminé, tu sillonnes encore les routes, assise sur ton charreton tiré par deux chiens de basse extraction aux muscles puissants. Sous une bâche de toile huilée, tu abrites les feuilles volantes, les textes des ballades, les gwerzioù que tu proposes aux badauds sur les marchés. Histoires aux multiples couplets : infanticides, naufrages, retours de guerre, malheurs d’ivrognes, amours contrariées, crimes affreux. Les sous tombent drus dans ta besace. Ce n’est pas pour te déplaire, toi qui as toujours peur de manquer. Toi qui a connu la misère.

    En ce jour du pardon de Saint-Pierre et Saint-Paul, ton commerce a eu peu de succès. Tu es de mauvaise humeur. Ton regard bleu ne sourit pas. Pendant que tu chantais tes complaintes pour attirer le client, un m’as-tu-vu beuglait une chanson française, debout sur une caisse en bois :

C’est la femme aux bijoux

    Celle qui rend fou…

    Une voix de fausset ! Tu as bien essayé de lutter en chantant plus fort ta gavotte du chiffonnier : Foei, foei, va zammig aotrou…mais l’autre attirait de plus en plus de monde et, autour de toi, seules quelques femmes aussi vieilles que toi tapaient mollement le rythme du plat de leurs sabots. Tu as plié ton matériel, tu as morigéné ceux qui empêchaient le passage de ta voiture à chiens et tu es partie comme une furie.

    Le garde champêtre t’a arrêtée au premier carrefour. Selon lui, ton équipage effrayait les chevaux et menaçait les piétons ; tu l’as maudit lui et sa famille. Injures et courroux. Cela t’a coûté dix francs d’amende. Sale journée ! Pour tout arranger, le ciel se charge de nuages noirs à l’ouest. Tu lances tes chiens, sans espoir d’échapper à l’ondée. Ma Doue beniget ! Le monde devient fou. La guerre menace et les gens sont charmés par une ritournelle dans une langue qu’ils comprennent à peine. Et ce satané train qui siffle au loin, plus bruyant que le char de l’Ankou ! Tu n’aimes pas cette ferraille hurlante, pourtant tu ne rates jamais une occasion de la regarder filer sur ses rails. Tu t’approches au plus près de la voie. Le souffle chaud de la machine te coupe la respiration et tu savoures le frisson que la vitesse du train provoque en toi. Tu espères peut être voir Paolig, le diable, aux commandes de la machine. Attention, regarde, il arrive, sifflant et crachant sa vapeur. Tu ne veux pas rater son passage. Tu encourages tes chiens. Ils galopent, le poitrail gonflé. Ta voiture bringuebale. Un peu trop … Tu cries. Le frein ne répond pas. Les chiens traversent les rails devant le mufle rugissant de la locomotive. Comme tout va vite ! Avec un peu de chance… Choc et fracas ! Le ciel monte vers toi. De là-haut, tu vois le toit de la gare, et la foire, et la ville, et les champs autour.

    Ton corps a perdu sa pesanteur, Mari. Tu survoles  ta vie…

    Tu as treize ans. Espiègle et toujours joyeuse, tu bûcheronnes tout l’hiver avec ta mère. Tu as grimpé sur une haute branche. Ta mère lie des fagots en bas. Elle crie :

    — Pauvre fille, tu vas tomber de là ! 

    Tu lâches la branche que tu tiens en claironnant :

    — O ! na ring ket – je ne ferai pas.

    Et c’est la chute, le bruit des branches cassées, tes os brisés, ta souffrance et cette légère claudication qui t’empêchera toute ta vie de danser la gavotte trop longtemps.

    Elle continue encore aujourd’hui ta chute et le sol menace de t’engloutir. En vérité, tu ne tombes pas, Mari, tu franchis le temps. Loin de la terre, tu reviens au pays d’enfance.

    À huit ans, chaque vendredi, tu fais le tour de Loquefret, ta besace au côté, armée de ton regard clair et le sourire aux lèvres. Tu frappes aux portes, chercheuse de pain, petite mendiante en guenilles et, la gorge nouée, tu fredonnes ta complainte :

Un tammik bara, ‘wit bewa…

Un petit morceau de pain, pour ne pas mourir…

    Sans un mot, tu attends ton dû : deux liards de farine d’avoine ou de blé noir que la femme de la maison verse dans ton sac en te confiant une prière à dire car la voix des enfants atteint Dieu plus sûrement que celles des adultes. Tu dois ensuite traverser le bois de la Lande avant de regagner le penty où ta mère t’attend. La nuit tombe. Tu chantes à tue-tête et tu pries avant d’affronter le royaume obscur des arbres. …

SAC d’OS

Un extrait d’une nouvelle du recueil « Ivresse de la Chute »

« Une grand-mère qui sait cuisiner les plats traditionnels et qui dévore la vie à pleine dent. »

La spécialité de la mamée !

De tempérament joyeux, grand-mère virevoltait dans la cuisine, bercée par le son hypertrophié d’une radio périphérique. Elle jonglait avec les ustensiles, tour à tour maudissant le modernisme ou chantant à tue-tête. Seule la tombée de quelques flocons de neige pouvait la calmer un peu. Et même l’attrister. Elle tirait les rideaux, devenait irritable ou bien passait des heures à fixer le papier peint d’un œil vitreux. Mes parents la trouvaient assise dans son fauteuil, sans rien de prêt pour le dîner, finalement très déçus. Moi seul pouvais la dérider. Nous faisions une partie de rami interminable en buvant des verres de muscat. C’était l’occasion pour elle de me taquiner au sujet de mes petites fiancées, comme elle les appelait, en me posant la question rituelle :

    — Est-ce qu’un jour tu vas rencontrer ta moitié d’orange ? Moi, quand j’ai connu ton grand-père, j’ai tout de suite su qu’il serait la chair de ma chair. La chair de ma chair ! me répétait-elle en me malaxant la main.

Puis, elle se levait, regardait la pendule et m’envoyait chez le boucher en se dirigeant vers la cuisine.

    — Ramène-moi donc un beau morceau de viande. Ou alors, non, tiens, je ferais bien un sac d’os. Tu aimes ça, hein ?

    — Un sac d’os !

J’en avais des frissons.

    — Non, mamée. Pas le sac d’os ! C’est bon, mais ça te demande trop de travail. C’est un plat de la campagne. Ici, on ne trouve pas ce qu’il faut.

Elle se mettait à rire en me rappelant que sac d’os était aussi son surnom quand elle était petite. J’étais maigre… Pire qu’un hareng saur !

Le sac d’os ! Le plat préféré de mémé Sylvette. Une spécialité lozérienne peu appréciée.

Si par hasard vous disposez d’un estomac de porc fraîchement tué, de quelques couennes, d’os de côtelettes au manche encore charnu, de la queue de l’animal et d’un peu de viande prise dans son cou, vous pouvez vous mettre au travail. Grattez donc au couteau l’estomac de porc nettoyé au vinaigre avant d’en coudre une extrémité. Vous couperez en petits morceaux les couennes, la queue, les os, la viande et deux gros oignons doux des Cévennes, des raïolettes, celles qui poussent à Saint-Martial. Vous assaisonnerez le tout de sel poivre et, généreusement, d’ail pilé avant de fourrer l’estomac de ce mélange. Ne vous reste plus qu’à recoudre l’organe avant de le mettre au frais. Trois jours plus tard, vous envelopperez d’un linge cette panse farcie et vous la plongerez dans un bouillon bien aromatisé. Laissez cuire doucement deux bonnes heures. Bon appétit ! De la part de la mamée Sylvette.

La recette se trouve dans son journal de bord, elle y consignait les plus infimes détails de sa vie quotidienne du temps de sa vie heureuse avec grand-père : la couleur du ciel, le poids des ceps ramassés, le jour ou le renard est passé sous le grillage du poulailler, le nom de ses chèvres, les airs sur les quels elle avait dansé au bal de Soudorgues ou de Lasalle. Son journal se termine sur cette phrase datée du 10 janvier 1940 : Il gèle à pierre fendre et Mathias ne revient pas… Après quelques pages blanches, on retrouve l’écriture régulière de grand-mère qui a noté ses recettes de cuisine préférées, mais plus une ligne sur sa vie quotidienne…

Ivresse de la chute

Extrait de la nouvelle du recueil « Ivresse de la Chute »

Pour éviter la chute de l’ivresse, un dernier petit saut ?

Chute Danse

…Renvoyé du collège pour une durée d’une semaine, Alexandre profita de son temps libre pour s’entraîner à toutes les chutes imaginables, d’une chaise, d’un arbre, d’un vélo en marche, du haut d’un toboggan, d’un sentier au bord de la rivière, ce qui n’était pas désagréable puisqu’on était au printemps et que l’eau se réchauffait. Il peaufinait aussi son cri. Sa stridence vous glaçait le sang même si un coyote n’aurait sûrement pas reconnu l’un des siens.

     On est tous accroc à quelque chose, me confia-t-il un jour, moi c’est la chute qui me donne le plus de sensations. Plus tard, je serai cascadeur. Ces mecs, ils sont plus forts que la mort. Le regarder suffisait à me donner le vertige. Je ne l’aurais imité pour rien au monde.

   La première fois où il vint chez moi, il avisa la façade de l’immeuble en m’adressant son petit sourire en coin. J’habitais au dixième étage. Les portes des appartements s’alignaient sur des coursives. Avant que je puisse le retenir, il était perché sur la rambarde du rez-de-chaussée et commençait à grimper. À chaque étage, il prenait appui sur la balustrade et continuait son ascension en s’aidant des montants d’acier dressés entre les étages. Je le suivais des yeux, habité d’une crainte grandissante. Quand il atteignit le septième étage, le bout des pieds sur le rebord de béton de la coursive, il lâcha la rambarde, fit semblant de perdre l’équilibre avant de se rattraper au montant et de continuer à monter. Des gamins qui m’avaient rejoint l’applaudirent tandis que je lui criais des insultes. Je courus vers le hall pour prendre l’ascenseur et me cacher chez moi. Il m’attendait devant ma porte. Après m’avoir fait une révérence de théâtre, il entra dans l’appartement. Par chance, mes parents étaient absents et aucun voisin ne semblait avoir assisté à la scène. Je ne sais plus à quoi nous occupâmes notre temps cet après-midi là, mais, au moment de partir, il me tendit son Smartphone en déclarant qu’il allait redescendre par la même voie qu’à l’aller. Mes parents allaient bientôt arriver. J’ai protesté. Il insista avec son foutu sourire et je finis par lui céder. Posté en bas de l’immeuble, je filmai sa descente, entouré par les mômes du parc de jeu. Arrivé à la hauteur du premier étage, Alex lança son insupportable hurlement, sauta prestement sur la pelouse, exécuta un flip avant et termina par un saut périlleux. Sur la vidéo prise ce jour-là, les images tremblaient.

     La chute était devenue pour lui une sorte d’accomplissement. Il prenait de plus en plus de risques. Les filles fuyaient sa bizarrerie malgré sa gueule d’ange et les garçons le provoquaient. Il restait indifférent, comme un acteur qui méprise les réactions de son public. Je me rendis compte bien plus tard que le fréquenter m’avait coupé de toute relation suivie avec les autres. J’étais bien le seul à ne pas le prendre pour un frappadingue. À la suite d’un conseil de discipline, ses parents furent sommés de prendre rendez-vous avec un psy à l’Hôpital de Jour. Alexandre s’y rendit seul. Le mois d’avril était anormalement chaud et le cabinet du psychiatre se trouvait au premier étage. Quand Alex sauta par la fenêtre du bureau laissée ouverte, le thérapeute hésita à se pencher pour voir le résultat de sa négligence. Peut-être comprit-il qui était son patient en le voyant émerger d’un buisson de lonicera puis se sauver après lui avoir adressé le signe de la victoire….

Portrait posthume

Extrait du recueil « Ivresse de la Chute »

Regrets pas toujours éternels...

Gisant

Rien n’est réparable du passé, même si la mémoire sait s’affranchir des fureurs et redorer les icônes.

    Je nous revois, moi suivant la course des nuages dans la clairière de ciel au dessus de l’étang, lui penché sur le même ciel glissant à la surface de l’eau, sa canne à lancer fermement tenue. Attitude classique du pêcheur qui devine, sous les reflets de l’eau, le brochet merveilleux, le mystère fondamental. Je rejette les poissons que j’attrape dès qu’il a le dos tourné. Peut-être ai-je pitié d’eux plus que de lui.

    Le pique-nique est bien protégé dans la glacière, à l’ombre d’un saule. Mon père est paisible. Il semble heureux de m’avoir à ses côtés. Combien de fois, enfant, me suis-je promis de lui rendre ses coups le jour où je serai assez fort pour l’affronter ? Au moins me faisait-il ressentir mon corps à la différence de ma mère qui détestait me toucher. Je le maudissais, lui et sa violence incontrôlée. Aujourd’hui encore, les colères et les cris me tétanisent. Le moindre reproche, même justifié, me détruit. Je fuis les conflits. J’ai souffert de sa colère et de ses corrections bien après qu’il ne meure. Si je doute parfois qu’il m’ait battu – malgré les traces bien réelles sur mon front – sa voix de rogomme continue de m’effrayer à travers celle de toute personne élevant le ton. C’était pourtant lui qui m’emmenait au Régina, le cinéma du quartier, et qui me fit découvrir, en visitant les musées parisiens, la beauté des Gauguin, des Matisse et des masques africains. À l’époque, j’ignorais l’histoire de son enfance. Je la tiens d’une infirmière qui lui servait de confidente les derniers jours. J’ignorais ses fugues, à sept ans, du côté du Morvan. L’Assistance Publique le brinquebalait d’une famille de rustres à l’autre et les trempes qu’il recevait le laissaient étendu sur le carreau. Il se souvenait de sa perpétuelle fringale et du froid lorsqu’il dormait dehors. Ses frayeurs d’alors s’étaient muées en une anxiété qui ne l’avait plus jamais quitté. Moisissure de l’âme déterminant toutes ses réactions.

    Je le craignais, étonné parfois d’un geste de tendresse à peine ébauché. J’admirais secrètement sa connaissance du latin des plantes et son coup de crayon quand il inventait des jardins. J’en prenais de la graine.

    Je le dessine allongé dans son cercueil, de mémoire. Le menton est proéminent et cache une cravate que je ne lui connais pas. On a coupé court ses cheveux blancs. Il a les mains croisées sur un costume en laine qui ne le réchauffe plus.

    Je cache mon dessin entre les pages d’un roman et je le retrouve des années plus tard, à une époque où je ne veux me souvenir que des bons moments.

    Le portrait est ressemblant.

Le sourire de l’ange

Un extrait de la nouvelle tirée du recueil « Ivresse de la chute »

Un peintre du quattrocento qui mettait de la vie dans son œuvre.

Détail de la vierge aux deux anges(Filippo Lippi)

Chaque jour, il retourne là-bas, toléré à condition de ne pas bouger et de se taire. Il observe les artistes perchés sur leur échafaudage, frémissant aux frôlements de leurs pinceaux sur la paroi, l’œil braqué sur les touches de couleurs intenses qu’ils posent en rehauts sur la fresque. Une vibration sensuelle envahit son corps et son esprit. Il suit attentivement les mouvements d’un aide dont il admire l’aisance et la rapidité à répondre aux peintres : Guido, Guidolino ! Du rouge, il nous manque du rouge ! Et du bleu aussi ! Presto !

Filippo s’approche, ouvre la bouche. Guido, lui pose un doigt sur les lèvres, lui indiquant du regard les fresquistes perchés au-dessus d’eux. Il articule des syllabes muettes : Tem – pé – ra !  Filippo le voit casser des œufs, beaucoup d’œufs, en séparant les blancs des jaunes dont il retire le germe avant de presser délicatement leur enveloppe et de les faire tomber dans un creuset de porcelaine. Guido débouche un petit flacon, l’agite sous les narines de Filippo qui, paupières closes, hume l’odeur pénétrante. Gi – ro – fle ! annonce Guido avec un air de conspirateur tout en versant sur les jaunes cinq ou six gouttes de la précieuse essence. Il ajoute à ce mélange un peu d’un autre flacon et dit au travers de son sourire : Gomme de cerisier !  Ensuite, il bat les blancs d’œufs qui moussent très haut dans leur bol. Il y plonge une éponge à larges pores puis l’exprime au-dessus des jaunes. Un liquide fluide comme de l’eau s’écoule.  Pour l’éclat des couleurs !  chuchote-t-il. Guido brasse l’ensemble en exagérant sa gestuelle, réjoui de l’effet qu’il produit sur son admirateur. D’un pot de verre, il tire une cuillerée de poudre de cinabre rouge vermillon qu’il broie dans un creuset en y ajoutant progressivement la préparation à l’œuf jusqu’à ce qu’il obtienne une bonne densité de couleur.

Filippo sent brûler sa rétine comme un feu de paille.

Monsieur Bobi

La première page d’une nouvelle du recueil « Ivresse de la Chute »

Les roses ont parfois une odeur, les chiens mouillés aussi. Et certains anniversaires ne sont pas aussi heureux que ça.

Bobi

Dimanche en famille.

    Tout le monde s’amusait. Pas moi. Ma mine sombre agaçait ma mère :

— Je ne sais pas ce qu’il a dans la peau, celui-là. Il n’était pas bon, mon canard à l’orange ?

— Peut-être qu’il a le vin triste, a dit l’oncle Raymond.

— Ce n’est pas le demi-verre d’Asti qu’il a bu. Il va aller prendre l’air, histoire de se rafraîchir les idées. Tiens, porte donc la carcasse à ton Bobi. Et reviens avec le sourire !

Elle m’a tendu l’assiette de restes. Je suis sorti en soupirant et j’ai fermé les yeux en traversant la cour de la ferme. Je le faisais souvent en comptant mes pas pour éviter la vieille pompe et ne pas tomber dans la mare. Je ne me trompais jamais. Sauf la fois ou j’ai bu la tasse et noyé mon cartable sous les lentilles d’eau.

J’ai atteint la grange sans encombre. Bobi était couché, le museau reposant sur ses pattes avant. Il me regardait en émettant de petits piaulements. Pauvre Bobi. Je grandissais tandis qu’il vieillissait, handicapé par une maladie qui soudait peu à peu ses vertèbres. J’ai posé la gamelle près de lui pour qu’il hume les effluves du canard. Il n’a pas bronché. J’ai caressé son poil rêche un bon moment, tardant à regagner la maison d’où provenaient les beuglements d’une chanson à boire.

    Bobi était un grand chien aux yeux cachés en permanence par un rideau de poils gris.

— Il a une belle voix de basse mais il sait se taire quand on chasse ensemble, s’émerveillait mon père. Hein, mon Black ! 

Il n’y avait que moi qui l’appelais Bobi et même Monsieur Bobi. Mon père baptisait tous ses chiens Black, quelle que soit la couleur de leur pelage.

Quand j’étais bébé, Bobi montait la garde devant mon berceau et personne ne pouvait m’approcher. Dès que j’ai pu courir à travers la campagne, il m’a accompagné. C’était un chien très compréhensif. J’en faisais ce que je voulais. Je m’agrippais à sa crinière et nous roulions emmêlés l’un à l’autre sur les près en pente. Jamais il ne se plaignait. Lorsqu’il pleuvait, il m’évitait. Il savait ma détestation de l’odeur de chien mouillé. Je la redoute bien plus que celle de la charogne.

À mon retour de l’école, ses jappements me parvenaient dès que j’entamais la ligne droite bordée de peupliers. Il avait une manière d’aboyer qui m’était exclusivement réservée. Retenu par sa chaîne, il bondissait pour me faire la fête. Si je m’approchais trop, c’est dans le plexus que je prenais ses pattes. Ma mère criait :

— Ce chien, ce chien ! Et toi, tu ne peux pas te tenir à l’écart ? Regarde l’état de ton pull. Comment je vais réparer cet accroc ? Ah, c’est bien moi l’esclave, ici !

Le repas s’éternisait, mes cousins sont partis jouer dehors. J’ai préféré lire une BD malgré ma mère qui m’exhortait à sortir avec eux. À un moment, j’ai surpris mon père qui chuchotait à mon oncle :

— Allons-y avant la nuit…

    Ces simples paroles ont suffi à m’alerter. Le ton, ou je ne sais quoi d’impalpable, comme une menace.

    Ils ont quitté la table, prétextant une réparation sur le tracteur. Je me suis levé et j’ai écarté les rideaux. Ils discutaient devant la grange. Mon père est entré dans le caboin, un appentis au fond de la cour, son refuge. Il en est ressorti avec son fusil de chasse. L’oncle a détaché Bobi.

    Ils se sont mis en route lentement pour permettre à Bobi de les accompagner. Les cousins se sont approchés d’eux. Mon père leur a dit d’aller jouer ailleurs avant de contourner la grange en compagnie de l’oncle et du chien. Je suis sorti à mon tour et je les ai suivis, bien décidé à ne pas les perdre de vue en restant sous le couvert du petit bois. Ils se dirigeaient vers le pré des catelins, à l’orée de la forêt. Je les ai vus s’arrêter sous un pommier. J’ai grimpé sur le vieux chêne où j’avais construit une plate-forme avec des planches de palettes.     De mon perchoir, je voyais Bobi assis aux pieds de mon oncle. Mon père creusait un trou à grands coups de pelle. Les deux hommes se relayaient de temps en temps. Enfin, ils se sont éloignés en courant presque. Bobi a levé péniblement son arrière train et les a suivis en claudiquant. Mon père s’est arrêté et s’est retourné pour l’attendre, solidement campé sur ses jambes. Il a épaulé et tiré. Bobi, qui n’était plus qu’à cinq mètres de lui, a basculé d’un bloc. Moi, je suis parti à la renverse, renvoyé d’une branche à l’autre avant de toucher le sol. Assommé.

CENDRES

La première page de la première nouvelle du recueil « Ivresse de la Chute »:

Valentin Cendres

On est au tout début du printemps dans une combe perdue des alentours de Clamecy. Il reste des poches de neige sur le bord des talus.

Maigre, sale, le crâne tondu et vêtu d’un bourgeron trop grand pour lui, voici le gamin. Assis sur une pierre à l’orée d’un boqueteau de chêne, il tisonne un feu de bois mort en surveillant vaguement les quatre vaches qu’il a menées au pré. Des escarbilles rougeoyantes montent vers le ciel avec les flammes. Il serait en peine de dire son âge. Quant à son nom, il ne sait pas si c’est vraiment le sien. Jusque-là, à la ferme, on ne l’a jamais appelé que le gamin ou Machin, Truc, Toilàbas, Enfant de pute… L’Assistance Publique l’a placé là quelques semaines après qu’on l’ait trouvé sous un porche d’immeuble d’une rue de Paris, emmailloté dans une couverture de cheval et maculé de crottin. Un gratte-papier l’a baptisé selon la coutume du Bureau des Assistés, en consultant le calendrier. On était le 15 février 1899, mercredi des Cendres, premier jour du carême. Le jour suivant, on célébrait Valentin, un saint martyr. L’employé inscrivit sa trouvaille sur le registre. Il était content. Valentin Cendres, ça sonnait bien.

Le gamin avait peut-être trois mois quand sa nourrice d’accueil est venue le chercher au foyer de l’Assistance, à Paris. Ils sont repartis par le train jusqu’à la gare de Nevers puis ils ont pris une calèche et traversé de mornes campagnes hachées de pluie.

La nourrice du gamin reçoit vingt francs par mois pour son élevage. La tendresse n’est pas comprise dans le prix. À l’âge légal, on l’a inscrit à l’école où, pour la première fois de sa vie, il a entendu quelqu’un prononcer son nom, celui attribué par l’administration. Il n’a pas réagi et il a fallu que le maître lui hurle à deux centimètres de l’oreille, le prenant pour un sourd ou un idiot.

Après la classe, le fermier l’oblige à trimer jusqu’à la nuit. Le gamin est souvent remercié d’une taloche ou d’un coup de pied. Au catéchisme où on l’envoie plus volontiers qu’à l’école, il se tient à l’écart des autres, terrifié à l’idée d’être observé et jugé par un dieu implacable. Il apprend à tendre l’autre joue.

Une obscurité de sépulcre estompe les bois et noircit le ciel. Le gamin tend ses mains au dessus du feu mourant. Le tapis de braises est une cité de rubis aux venelles d’ombres et la fumée se confond avec le suaire de brume qui s’affale mollement sur la campagne. Il se lève, pisse sur les brandons et pousse les vaches vers le chemin de boue, à peine visible dans le crépuscule. Le fermier le surprend au détour de l’étable, frappant les animaux de sa badine de saule et les insultant et les maudissant. Il reçoit des coups de poings, de pieds. Son nez saigne et il se réfugie dans l’encoignure d’une porte, recroquevillé, la tête dans les bras.

À la nuit tombée il s’enfuit, emportant ses trésors dans une musette de toile : trois cailloux aux formes bizarres, une lame ébréchée fixée dans un manche de bois cerclé de ficelle qu’il avait patiemment décapée pour en ôter la rouille, un quignon de pain dur et un briquet à amadou volé au fermier.

Il a froid malgré les épaisseurs de loques dont il s’est affublé et la pleine lune projette son ombre d’épouvantail sur le chemin empierré. Il contourne les soues à cochons, traverse les champs en direction de la forêt, s’égratigne aux haies d’aubépines ou d’épines noires. Ce n’est pas sa première fugue mais, cette fois, il est déterminé. On ne le reverra plus ici et personne, à l’avenir, ne le battra…

IVRESSE DE LA CHUTE

Recueil de Nouvelle

Avant de continuer à publier les réflexions de Vincent malbec, je me propose dans les jours qui viennent de publier ici quelques débuts de nouvelles contenues dans ce recueil paru chez Zonaires éditions.

En voici déjà la préface par Françoise Guérin :

    Ça s’est passé il y a douze ou treize ans, je crois. Une drôle d’expérience, vraiment… Je me suis aventurée dans ce texte, sans savoir. On ne nous prévient pas toujours et le nom de Joël Hamm, à l’époque, m’était encore inconnu.

Oui, je sais, j’ai manqué de prudence. J’avais quelques minutes devant moi, je n’ai pas réfléchi, j’ai lu. Lu, vous comprenez ? D’une traite, sans respirer. C’était ma première rencontre avec une nouvelle de Joël.

    La suite, vous la connaissez… L’émerveillement devant la simplicité apparente de la chose, un texte sobre et dur qui n’épargnait pas le lecteur mais l’emportait dans une course haletante. C’était fulgurant, noir, à la fois brut et ciselé. Un grand cru.

Évidemment que j’ai pleuré, qu’est-ce que vous croyez ? L’émotion était tapie dans l’ombre, les larmes vous guettaient au détour d’une page. Vous auriez fait quoi, à ma place ?

C’était un de ces moments singuliers où les mots de l’autre vous font rendre les armes. Alors je me suis rendue, humblement, devant la performance littéraire. J’ai cessé d’exister dans le présent, happée par ce texte. J’étais le personnage, j’avais froid et peur et mal au bide à force de courir dans l’obscurité d’une vie ravagée. Courir après quoi ? Je ne me souviens plus. Je sais juste que, ce jour-là, j’ai couru entre les lignes, couru et crié, souffle coupé. Jusqu’à la chute. Et même après, ça continuait, le texte coulait dans mes veines.

    Ensuite ? Ensuite, j’ai fait comme tout le monde, j’ai plongé. Je me disais : une nouvelle, une seule et après j’arrête ! La tentation…

    Cette fois, c’était un texte très différent. L’histoire d’un apprenti engagé dans l’atelier d’un peintre de la Renaissance pour préparer les couleurs du maître. L’auteur ne manquait pas d’audace dans le choix de sujets aussi variés et ce courage était payant. Je me souviens de mon admiration devant la précision de ses descriptions, son souci du détail, son choix soigneux de chaque mot. Le gamin pilait des pigments dans son mortier et j’avais l’impression de voir les couleurs s’exhaler, se mêler aux huiles, produire une matière sensible, épaisse, puissante, là, sous mon nez. Ça me transportait, je me sentais ivre.

    Après… Après, c’était trop tard pour s’arrêter. J’ai replongé, encore et encore. Les nouvelles de Joël Hamm, elles vous filent une belle ivresse, de celles qui vous font voir le monde sous un angle inattendu. Il sait faire ça, Joël.

    Alors, il était temps qu’un recueil rassemble ses plus beaux textes, afin que jamais ne survienne la chute de l’ivresse…

Françoise Guérin

COMMENTAIRES à Propos de Ivresse de la chute : ICI

Ivresse de la chute de Joël Hamm, 160 pages, 15 € (+3,90 de frais de port)
ISBN : 979-10-94810-18-7

Chez ZONAIRES :

La pierre sur le chemin

Même Vincent Malbec a une grand-mère…

Torrent

Tu arpentes mon sommeil, Giovanna, grand-mère, mère de ma mère, aux yeux clairs comme elle mais au cœur bien meilleur. Tu me souris par delà le temps puis tu détales dans l’aube glaciale d’une vallée du Piémont. J’entends ton galop de petite fille sur le pont de bois. Ta robe usée flotte sur tes jambes nues ; tu serres une poignée de châtaignes chaudes contre ton cœur.

   La cicatrice du chemin sinue entre les arbres où s’effilochent des lambeaux de brume. Des ombres flottent sur la vapeur.

   Tu marches plus vite. Tes souliers à semelle de bois butent sur les cailloux. Chaque matin tu en ramasses un et tu le jettes dans le torrent qui dévale la montagne. Sa furie et son grondement de rocaille te fascinent. Tu voudrais caracoler sur son courant onduleux. Emportée par le flot, tu rejoindrais vite l’avenir dont tu rêves, les musiques, les sourires, les fêtes.

   Tu imagines ton mariage, ta robe seringa, les flonflons du bal, les demoiselles d’honneur aux bras chargés de fleurs. Tu entrevois ta vie promise, les demains d’abondance, les printemps de semailles, les étés de foin, le silence de midi à l’ombre d’une haie, les nuits d’amour partagé.

   Tu ne pressens pas le train de l’exil, la servitude, ta maison envahie de montagne, ta langue qui perdra ses mots, ton fauteuil à l’extrémité du siècle et ces quatre murs où ton regard suivra les arabesques du papier peint, chez ta fille, au fin fond de la banlieue parisienne.  Non, sur le chemin de ton enfance, tu vois ta vie s’arrondir comme le soleil rouge qui monte derrière le vitrail givré des branches. Tu oublies le froid et le flot noir du torrent, petite fille grand-mère. Tu ne veux pas qu’ils t’engloutissent.

   La cloche de l’école où tu ne vas déjà plus tinte en bas de la vallée. Tu reprends ta cavalcade sans avoir eu le temps de manger. Au fond du sac de toile pendu à ton épaule, un oignon, un morceau de pain, ton repas de midi. Tu rejoins la filature et le cercle vibrant des machines.

   Tu as dix ans.

   La nuit prochaine, dans mes songes, une nouvelle pierre t’attend sur le chemin.

Colère

Une page de l’enfance de Vincent Malbec…

Explosion

La cour de récréation.

   Je suis fasciné par le soleil qui radiographie une feuille de marronnier.

   Choc entre les épaules.

   Bousculade.

   Genoux en sang, je me relève. Les cris absorbent les couleurs, l’oxygène. Je bondis sur le premier de ceux qui tournent autour de moi en hurlant. Ma vue se brouille.

   Je reprends mes esprits, couché sur le dos. Les battements de mon cœur résonnent sous le préau. Je perçois une voix au-dessus de moi. Je distingue mal les traits du maître, à contre jour. La lumière est éblouissante, insupportable. Je détourne la tête et les lacs de larmes retenus par mes paupières roulent sur béton du sol.

– Te voilà calmé ! dit le maître. Qu’est-ce qui t’a pris?

   Je veux me relever. Il m’en empêche. Sa grosse patte me plaque au sol.

  – Ne bouge pas ! Tes parents arrivent. Il faut te faire soigner, mon petit ami !

   Tous les élèves nous entourent, graves et silencieux. Celui que j’ai tenté d’étrangler se tient près du maître, une main sur la gorge.

   Plus tard, le psychologue me demande des explications, je dis :

   – Ils m’ont dérangé. J’étais tranquille avec le soleil.

   Le psy fait une drôle de moue. Il me donne rendez-vous la semaine suivante. Je lui réponds qu’il peut toujours attendre.

   Il me toise et dit :

   – La colère et la tristesse sont les versants d’une même montagne. Tu ne crois pas ?

   Je me lève et je sors de son bureau.

   La colère et la tristesse, je connais mieux que lui. Quand je me bagarre, une partie de moi demeure calme, spectatrice de mes actes, évaluant leurs conséquences et analysant chacun des mouvements de mon corps. Je frappe méchamment, surtout si on m’a bousculé pendant mes rêveries. Quand je me rends compte de ma brutalité, j’ai pitié de mon adversaire. Je le laisse me battre ou je me cogne la tête contre un mur.

   Dans la journée, si personne ne m’embête, je vais bien. C’est le soir que je panique, quand le soleil décline. Je me mets à courir. Ma raison disparaît plus vite que le jour. Je fonce au bout du jardin, l’œil fixé sur la clarté blanche qui jaillit de la buanderie où se grand-mère étend le linge. Dans l’appentis, l’éclat de la lampe est aveuglant. La main sur les yeux, je l’entends qui m’appelle avec son accent italien :    – Viens près de moi, petit. Laisse la nuit derrière toi !

ANIMAUX

Un millimètre à l’écart du monde, suite…

Incendie

J’ai sept ans. C’est la nuit. J’appelle ma mère qui tarde à venir. Je n’ose pas bouger. Je vois, dans la lueur de la veilleuse, une savane incendiée où fuient des animaux.

   Je finis par m’endormir et m’éveille adulte, le regard égaré dans le désert blanc du plafond. Ma mère a disparu depuis des années. La savane a fini par s’éteindre et les bêtes affolées ne viennent plus se réfugier dans mes rêves. J’ai pourtant appris à les aimer et à ne pas les craindre.

   Girafe aux pattes d’herbe, muette au long cou, guépard royal du Miombo, oryx et gnous, gazelles aux yeux d’énigme, où êtes-vous ? Et vous mouettes au long cours, quelle tempête vous exila loin de moi ? Avez-vous vu, du haut du ciel, l’ours tranquille voleur de miel qui me protégeait des hivers ? Avez-vous survolé les deux grands bœufs blancs marqués de roux qui rentraient à l’étable de cette chanson chantée par mon grand-père à la fin des banquets ?

   Te souviens-tu, chenille de soie, du cocon qui nous abritait au cœur du mûrier ? Quelqu’un dévida notre écheveau pour tisser une robe de noce. Je revois la mariée assise sur une carriole tirée par un cheval blanc, tous derrière et lui devant. Sa traîne flottait sur les colzas en fleurs. Je mâchonnais des trèfles en traversant les champs et je m’endormais à l’ombre d’un pommier, bercé par le bêlement des agneaux de lait, mes frères de laine, petits nuages des prairies agrippés aux tétines d’étoiles de la voie lactée.

   Douceur des soirs d’été où je rentrais à la maison, guidé par le fanal du perron qui satellisait des myriades d’insectes lumineux. Eh, les éphémères, quelle seconde parfumée nous parut un siècle et nous vit griller sur la lampe ?

   J’ai survécu à ces désastres, à ces beautés, mais le sable de l’arène est sombre à la fin de la journée.

   Toi, le taureau noir, notre sang comète quelle banderille d’acier le fit jaillir et rouler mercure sur la poussière ? Rappelle-toi nos coups de cornes contre les vantaux.

   Vers quelle ellipse glissons-nous ?

   Ils meurent tous les animaux, ceux des rêves et ceux de la réalité que nous assassinons salement.

   Je repense à cette vieille photographie, un matin de Noël. J’avais le regard clair, un large chapeau de feutre et je brandissais deux colts en plastique. J’ai encore l’odeur de la panoplie neuve dans les narines.    Cow-boy, justicier de mes nuits d’enfance, fais sortir du corral mes chevaux tristes. Et ne chasse pas les moineaux rieurs qui picorent leur crottin.

Champagne !

Suite des confessions de Vincent Malbec…

Raymond Hains (1926-2005)

Quand je retrouve mes parents après un long temps d’absence, j’ai toujours tendance à parler plus vite qu’eux en racontant ma vie sous son meilleur jour. Cette fois encore, je ne manque pas à la tradition et, à peine entré chez eux, au moment où ma mère m’accueille, je déverse un flot de paroles outrageusement optimiste et anodin pour retarder ses annonces de catastrophes habituelles, la boulangerie saccagée par des voyous, le voisin mort d’apoplexie, et pourtant il avait deux ans de moins que nous etc.

   Hélas, je défie quiconque de pouvoir tenir un discours, si creux soit-il, pendant plus de cinq minutes sans reprendre sa respiration. C’est ce court temps vital que choisit ma mère pour se lancer à son tour

   – Tu n’as rien remarqué ? demande-t-elle d’une voix brisée.

   Voyons voir, je réfléchis, non je ne vois pas. Ah, si !

   – Tu veux parler de l’interphone qu’ils ont installé en bas.

   Je me lance dans un discours sur l’obsession sécuritaire du moment, reprends ma respiration en un millième de seconde. Pas assez rapide. Elle m’interrompt.

   – Regarde !

   Elle désigne la corbeille de la chienne sous le radiateur. Vide. Bon sang, c’est vrai, la Prunelle n’a pas aboyé pendant que je montais l’escalier. Habituellement, elle me repère avant même que je grimpe les marches. Ma mère devine ma venue à ses aboiements, un ton très particulier qui m’est exclusivement réservé. C’est que je l’ai mise au monde, cette chose. Elle me fait la fête, des bonds d’un mètre cinquante en plein plexus, griffes en avant. Couché ! Couché, Prunelle ! Bordel, ma chemise !

   Mince, la corbeille est vide !

   –Tiens oui, où est-il le clebs infernal, et papa, au fait, pas là non plus ?

   – Elle est morte il y a cinq jours, lance ma mère dans un souffle.

   – Oui, mais papa…

   – Il dort. Il dort tout le temps. Je crois qu’il est malade.

   Ça me fiche un coup. J’enchaîne.

   – C’est arrivé comment ?

   J’ai droit au récit de la maladie du chien, depuis les premiers symptômes, elle avait un regard pas comme d’habitude, jusqu’à l’agonie, on aurait dit qu’elle comprenait, qu’elle ne voulait pas nous faire de peine. Des sanglots avortés entrecoupent son récit. Elle est incroyable. Elle parle de sa chienne comme si c’était le problème le plus important du moment alors que son mari se transforme doucement en légume.

   Et moi, je compatis…

   Ma main se pose sur la sienne, presque malgré moi. Elle s’apaise, se tamponne les yeux. Je romps le silence, une question idiote, sans rapport avec mes inquiétudes.

   – Elle avait quel âge, Prunelle ?

   Ma mère me regarde. Elle récite la biographie de la chienne extraordinaire. Prunelle unique ! J’adopte une attitude attentive, mais je ne l’écoute pas vraiment. Elle décide de me faire une tisane. Une tisane à la poussière de temps. Je l’entends, depuis la cuisine, ronronner ses petits malheurs. Je ne l’écoute pas vraiment.

   – …Jamais, non jamais!

   Sa voix me ramène à la réalité. Elle est près de moi, j’ai dû somnoler.

   – Comment ça, jamais?

   – Jamais plus nous ne reprendrons un chien.

   Ma mère reste pensive pendant que je nous sers la tisane. Le jour décline. Nous buvons sans rien dire. Le silence dure. Nous sommes deux silhouettes autour de la table de la salle à manger. Si nous ne bougeons pas, l’obscurité, dans quelques minutes, nous aura totalement absorbés, dissous. Demain, notre seule trace en ce monde sera ces deux bols vides sur la toile cirée.

   – Dis, maman! Et papa ? On ne devrait pas le réveiller ? Elle est un peu longue sa sieste ? Non ?

   – Si tu avais annoncé ta venue, il aurait peut-être fait un effort. Depuis sa grippe, il est bizarre.

   – Comment ça ?

   – Il dort presque toute la journée, et la nuit il me réveille pour me parler du temps qu’il fait ou de ce qui lui passe par la tête. Hier, il cherchait la chienne pour aller la promener. Il perd la boule. Depuis qu’elle est morte, ça s’aggrave. Quand j’y réfléchis, ça fait parti d’un ensemble. Tu sais qu’il a vendu la voiture. Ça encore, je comprends, je commençais à avoir peur avec lui. L’embêtant, c’est pour d’aller faire les courses, maintenant. Et puis, tout l’ennuie. Il ne va plus à la pêche et, tiens-toi bien, il a renoncé à faire son tiercé. Je l’ai dans mes jambes toute la journée.

   – Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Tu en as parlé au médecin ? Ça porte un nom ce qu’il a.

   – Ah ? Tiens… Le docteur dit que ça passera, petit à petit. Il lui a donné un somnifère et une autre cochonnerie, pour l’humeur.

   – Je vais aller voir…

   Je me dirige vers leur chambre.

   – Pas ici. Il dort dans ta chambre.

   Je m’arrête un instant, un peu désappointé. J’étais en train de me dire que j’aurais pu rester dormir, et prendre le temps d’examiner la situation d’un peu plus près.

   La lampe du couloir ne fonctionne pas, le papier peint en lambeaux m’évoque la peau d’un grand brûlé. C’est aussi réussi qu’un tableau de Raymond Hains. Il fut un temps où le père retapissait une pièce pour moins que ça. Les murs se resserrent sur mon passage. Une pulsation sonore rabote l’air. Je sens la porte de la chambre vibrer quand je tourne la poignée. Mon père dort tout habillé, allongé sur le dos. Il ronfle. Ses lèvres, sous le souffle puissant et régulier de ses expirations, broutent l’air comme celles d’un cheval qui s’ébroue. Il dort tout habillé sous le couvre lit, silhouette de cachalot échoué. L’éclairage de la lampe de chevet accentue la profondeur de ses rides, la pâleur de son teint. Je pose ma main sur son bras. Les ronflements cessent. Il se retourne dans un concert de craquements et de grincements de ressort. Il continue son somme. Je m’assieds sur une chaise, près du lit. Mon ancienne chambre a gardé son atmosphère. Je la partageais avec un de mes frères. Je vois mes vieilles affiches au mur, la photographie de Modigliani, surtout, que j’adulais, des reproductions de tableaux. Je me souviens que la toile de Serge Poliakoff nommée obscurité était une composition grise et rouge. Elle est devenue presque jaune. Je retrouve aussi deux ou trois carceri de Piranèse qui m’inspiraient à l’époque et un autoportrait d’Antonin Arthaud. Les médailles d’athlétisme de mon frère Etienne brillent dans leur vitrine. Sans doute briquées régulièrement par ma mère. Ma maquette de goélette n’a pas un grain de poussière. On dirait l’antre de deux morts, pieusement conservée en l’état. Tout m’est familier ici, sauf l’ordre entretenu et la présence de mon père dans ce lit trop étroit pour lui. Les volets ne sont pas fermés. Les lumières de la ville poinçonnent la nuit. Je ne sais plus quoi penser. Je songe à Irina, ma compagne. Mes parents ignorent son existence. Celle aussi de l’enfant qu’elle porte. Tout à l’heure, j’ai laissé geindre ma mère sans l’interrompre, sans lui annoncer la seule nouvelle capable de lui rendre le sourire.

   J’appellerai Irina tout à l’heure. Je n’aime pas la laisser seule.

   J’entends les pas de ma mère dans le couloir. Je vais réveiller mon père. Il dort depuis si longtemps. C’est à peine si j’entends sa respiration. Allez, je le secoue. Il émet un râle, claque un peu des lèvres, entrouvre un œil, me découvre penché sur lui. Il hésite, me sourit.

   – Il doit être tard, fils, non ? 

   Je me retiens de lui répondre à quel point. Je l’aide à se lever, à se mettre debout. Il me malaxe l’épaule de sa grosse poigne en me regardant droit dans les yeux.

   – Puisque tu es là, on va s’ouvrir une petite bouteille de champ. Maman ne pourra rien dire…

La visite

Le livre de Vincent Malbec, suite…

C’est ici…

L’immeuble de briques. Quatre étages, une trentaine de locataires, dont mes parents.

   Du linge au balcon. Ils sont chez eux. Désarroi, gel au cœur. Cinq ans sans les voir. Je crains leurs rides, leur probable décrépitude, leurs reproches muets.

   L’idée de passer plus d’une heure chez eux m’affole. Souvenir de mon adolescence étouffée par le papier peint beigeasse et leurs appréhensions maladives.

   Je leur téléphone rarement. C’est réciproque. Ils ne se déplacent jamais, malgré mes invitations. La saison est trop froide, trop chaude, des examens médicaux urgents à subir, voyager n’est plus de notre âge, porter les valises, attendre le taxi, mes rhumatismes… En fin de compte, leurs atermoiements me satisfont. Mauvais fils que je suis. Inconstant et oublieux.

   Je déteste ce quartier de la banlieue nord. Ma chambre au troisième étage dominait des centaines de pavillons alignés au cordeau le long de rues perpendiculaires. Tout ça bien entretenu,  ripoliné, cimenté et fleuri à l’unisson. Une réplique du cimetière du Père Lachaise. Avec en prime, aux beaux jours, le rituel concert de tondeuses du samedi et l’odeur de l’herbe polluée par celle du mélange deux temps. Et Noël ! Tous ces sapins plantés au fond du jardin, clignotant par milliers dans la nuit humide ! Ils menacent de s’abattre sur les maisons maintenant qu’ils sont devenus gigantesques et que les enfants ont déserté le nid.

   Mes rêves survolaient les barres des cités qui encadrent ce quartier. Mon esprit voguait au-delà de la brume noire qui annonce Paris, du côté de la porte de Pantin. Je me sauvais comme ça…

   Défense de stationner, sortie de véhicule, propriété privée, attention au chien. Je me gare derrière une camionnette déglinguée. 

   Je me souviens du jour où j’ai annoncé à mes parents que j’allais divorcer de Lola, que je m’étais engagé dans l’armée et que je venais leur dire au revoir. Mon père, les mâchoires crispées, a disparu dans la cuisine. Ma mère s’est laissée choir sur une chaise. Elle a dit, après un silence :

   – Tu ne viendras donc pas dimanche… Lola, tu as pensé à elle ! Et toi, qu’est-ce que tu vas devenir, mon pauvre garçon ?

    – Je verrai bien. Je serai peut-être utile à quelque chose.

   Elle a haussé les épaules.

   – L’armée n’est pas pour toi. On ne t’a pas élevé pour que tu ailles te faire tuer ou tuer les autres. Réfléchis…

   Je me présente à l’entrée de l’immeuble. J’ai le cœur qui bat la chamade. Tiens, ils ont installé un interphone, un digicode et une porte renforcée. Je sonne.

   – Oui.

   – C’est moi !

   – Je t’ouvre.

   Une si longue absence et c’est tout. La voix lasse de ma mère, comme si je revenais du supermarché d’à côté.    Un clic. La porte se déverrouille. J’hésite un peu et je grimpe les étages sur mes  jambes de flanelle.

COMPASSION

Continuons à feuilleter le recueil de Vincent Malbec (personnage du roman « Un millimètre à l’écart du monde »)

Consolation

Lorsque j’étais enfant, j’avais déjà tendance à m’émouvoir face à tous les bancals de l’existence, les infirmes de naissance, les faibles, ceux qui subissent leur sort, sans défense. Ma compassion était fille de mon sentiment de révolte contre un dieu qui, s’il existait, était un créateur sadique ou maladroit, un tâcheron qui avait permis l’injustice et la souffrance. Ou bien j’imaginais un pervers qui avait donné à sa marionnette humaine la capacité de penser, de s’émanciper de son état naturel, tout en le limitant à sa condition de mortel, de maquette inaboutie et impuissante. Il avait dû s’amuser, le Créateur, à pétrir un faux démiurge fanfaronnant face aux forces qui le dominent mais impuissant à les vaincre. Est-Il satisfait de voir sa créature détruire la nature à coups d’innovations techniques, se condamnant ainsi irrémédiablement ?

   Encore maintenant, je retiens mes larmes lorsque je croise un malheur sur pattes : une vieille femme qui fouille les poubelles d’après marché,  ses mollets énormes serrés par des bandes tachées ; la naine qui, chaque matin, attend le bus du Centre d’Aide par le Travail ; un trisomique d’une quarantaine d’année à qui son père fait mille recommandations appuyées sur le quai de la gare. Et le fils marmotte : Tu  me l’as déjà dit, je ne suis plus un enfant. Le père, un homme âgé, portant beau, costume de velours et gilet à l’ancienne, se détourne, paraissant vexé par la réflexion de son fils qui s’approche de lui, appuie la tête sur son épaule en disant, le regard humide : Je t’aime, papa ! Et son père, l’air accablé, lui répond : Je sais bien, je sais bien.  Sur le quai, le fils, qui va prendre son train entré en gare, se retourne tous les deux mètres. Le père lève la main, à peine, tourne le dos et se dirige vers la sortie en s’appuyant sur sa canne.

Nous aurons…

Mouton rebelle

En guise de vœux, le texte de cette chanson de Richard Desjardins :

NOUS AURONS

Nous aurons des corbeilles pleines
De roses noires pour tuer la haine
Des territoires coulés dans nos veines
Et des amours qui valent la peine

Nous aurons tout ce qui nous manque

Des feux d’argent aux portes des banques
Des abattoirs de millionnaires
Des réservoirs d’années-lumière

Nous aurons des corbeilles pleines
De roses noires pour tuer la haine
Des territoires coulés dans nos veines
Et des amours qui valent la peine

Nous aurons tout ce qui nous manque
Des feux d’argent aux portes des banques
Des abattoirs de millionnaires
Des réservoirs d’années-lumière

Et s’il n’y a pas de lune
Nous en ferons une.


Si vous ne connaissez pas Richard, poète, chanteur, musicien Canadien , voici quelques aperçus :

Nous aurons : https://www.youtube.com/watch?v=BsL0VHj0pkU

Va t’en Pas :https://www.youtube.com/watch?v=9BHfrAjMMkw

Les yankees : https://www.youtube.com/watch?v=Kv67u9l-3KQ

Le Site officiel de Richard Desjardins : https://www.richarddesjardins.com/